Comédie, humour

COMÉDIE :

Fond d’affiche blanc ou monochrome, avec des tons francs et gais :
Jaune, rouge, vert, …
Ciel d’un bleu pur sans nuage.

Plusieurs personnages en interaction, qui recréent une petite scène sur l’affiche :
De face ou de profil mais toujours en pied et en action.
Qui rient ou sourient, avec des regards de complicité avec le spectateur.

Le chromatisme franc et gai

Le registre chromatique utilisé pour les affiches de films d’humour est radicalement différent de celui qui est utilisé dans les autres genres, avec :

•    Des couleurs claires, franches, vives et nettes, qui n’ont pas de fonction particulière si ce n’est d’évoquer un univers léger et joyeux, par opposition aux couleurs sombres, floues, mélangées qui suggèrent le drame, la passion, la violence ou l’angoisse dans les autres genres. Les affiches de comédie utilisent une large palette de couleurs pures et uniformes :

–    Du jaune purement jaune (Elle est trop bien ; Bimboland ; Supersens)
–    Du vert (Le derrière ; George de la Jungle ; Les enfants du marais)
–    Du rouge (Le dîner de cons ; Waterboy)

•    Un ciel uniforme, sans nuage et d’un bleu impeccable, Vs le ciel enflammé, nuageux, orageux et tourmenté des films d’action ou de guerre. (Le Spountz ; Mon père, ma mère, mes frères et mes sœurs ; Restons groupés ; Rien à perdre ; XXL)

Des personnages en interaction

On peut distinguer quelques règles de présentation des personnages pour les affiches de comédies :

•    Le registre de la comédie est signalé par le fait que les personnages rient ou sourient. (En direct sur Ed TV ; L’âme sœur ; Studio 54 ; Supersens ; Le Spountz ; Mary à tout prix ;…)

•    Les personnages sont généralement en pied, Vs les visages ou les héros photographiés à mi-corps dans la rhétorique de l’émergence et de l’apparition des films d’action. (Cf. Recto Verso, Le voyage à Paris, Les enfants du marais, Je règle mon pas sur le pas de mon père, Astérix et Obélix, Bimboland, Le Derrière, Big Daddy).
Les personnages sont montrés en entier car ils sont généralement en action ou en mouvement : en train de marcher, de courir, de sauter, de s’embrasser, …

Exemples :

•    Dans Je règle mon pas sur le pas de mon père, les personnages marchent l’un derrière l’autre.
•    Dans Astérix et Obélix contre César, la troupe de Gaulois court.
•    Dans Recto Verso, Smain est pris en sandwich entre une fille et un garçon.
•    Dans Trafic d’influence, Aure Atika ramène G. Jugnot et T. Lhermitte par la peau du cou.
•    Dans Un vent de folie, S. Bullock se précipite sur B. Affleck pour l’embrasser. aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaa

A l’inverse, dans les films d’action, on ne montre pas d’action, mais un héros ou une effigie représentant la morale. On emprunte un code d’héroïsation où le héros n’est pas fondamentalement quelqu’un qui agit, mais qui concentre en lui des vertus héroïques et morales, telles que le courage ou la ténacité.

•    Il y a généralement plusieurs personnages qui sont en interaction ou qui sont photographiés en groupe au même niveau, Vs la rhétorique du film d’action où le personnage principal est soit seul, dans sa solitude de héros, soit présenté de face, en tête, avec son groupe derrière, sans interaction entre eux.

–    Il se passe quelque chose entre les personnages : ils agissent entre eux.
–    Il y a une narration dans l’image, qui apparaît comme une séquence avec un mini scénario.

On voit la situation de comédie se nouer dans l’action et dans l’interaction entre les personnages.

Exemples :

•    Dans Belle Maman, V. Lindon offre des fleurs à C. deneuve plutôt qu’à sa femme, qui semble jalouse. La comédie s’installe dans une scène à trois entre le mari, la femme et la belle-mère.

•    Dans Big Daddy, on montre un père et son fils en train d’uriner contre un mur. C’est une situation de comédie. En général, quand on présente deux hommes en train d’uriner côte à côte, c’est soit une situation de rivalité (celui qui va le plus loin ou qui a le plus gros sexe, …), soit une situation d’émulation comme ici, où l’enfant fait comme sont père.

•    Dans Je règle mon pas sur le pas de mon père, la scène présentée a recours à un ressort comique utilisé dans de nombreux sketches, qui est l’idée de suivre quelqu’un, de marcher dans ses pas.

•    Dans Recto Verso, on voit Smaïn pris en sandwich entre un homme et une femme, tiraillé de manière humoristique entre une relation hétérosexuelle et une relation homosexuelle.

–    Les personnages peuvent être photographiés ensemble, selon le code photographique du portrait de groupe. La signification n’est pas la même que sur les affiches de films d’action où le fait d’être en masse symbolise l’héroïsme du groupe, l’aura d’un collectif qui se met en danger.
Le portrait de groupe dans la comédie n’a pas de fonction allégorique, mais tient plutôt du code de la photo de classe ou de groupe de copains. (Restons groupés, Astérix et Obélix contre César, …)

La complicité ironique et le jeu des masques

Dans certains cas, les personnages ont l’air de rire comme si le rire avait une signification ironique particulière. Cela correspond à une explicitation du thème du masque comique, avec l’acteur qui rit de se voir déguisé.

•    On a l’impression que ce n’est pas le personnage qui rit, mais l’acteur lui-même qui rit du rôle qu’il joue et du jour sous lequel il est présenté (Robert de Niro avec une barbe et Dustin Hoffman avec de grosses lunettes de myope dans Des hommes d’influence ; Elie Semoun déguisé et Smaïn teint en blond dans Charité biz’ness ). C’est comme s’il s’agissait de masques et que l’acteur se dédoublait en l’acteur lui-même et son personnage, comme si l’acteur se mettait en situation de complicité ironique avec le spectateur pour rire du personnage. L’explicitation du thème comique du masque et du déguisement a pour fonction de signifier le registre de la comédie.

•    Il y a parfois une contradiction comique évidente, qui apporte un élément d’ironie en produisant un décalage entre l’acteur et son rôle.

Exemple de Torrente :

–    Il y a une scission entre le personnage qui a plutôt une bonne tête qu’un air tragique, et le fait qu’il joue le méchant super flic avec un gros pistolet. Ce serait dans son attitude un code d’action, mais comme sa « bouille » ne colle pas avec l’héroïsme, cela produit un effet d’ironie et de complicité, qui signifie que ce n’est qu’un jeu.
–    L’effet est renforcé par la contradiction entre le fait qu’il est placé au cœur de la cible avec des impacts de balles autour de la tête, alors qu’il est sensé être le tueur.

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Le thème de l’image, de l’identité et le jeu des masques

On retrouve dans la comédie :

•    Le thème de la dissociation de l’image par rapport à la réalité et l’idée qu’on est leurré par des images (quiproquo, identités déformées, jeu des masques, …), avec :

–    Le principe des photos, type photo d’identité.
•    Dans Une journée de merde, on montre un agenda avec une série de trois photos d’identité de Richard Berry, qui présentent différentes facettes de son personnage.
•    Dans Le double de ma moitié, on voit deux portraits différents de Zabou dans un album photo, comme si c’était deux facettes du même personnage.
•    Dans La carte du cœur, les portraits des protagonistes sont distribués sur des cartes comme dans un jeu.
•    Dans Mary à Tout Prix, La dilettante et L’âme sœur, la distribution des acteurs qui est communiquée par une série de photos d’identité.

–    Le principe du dessin, qui est une manière de traiter la dissociation entre l’image et le réel par la déformation. La fonction comique du dessin passe par la caricature, qui déforme la réalité pour la rendre à la fois visible et risible. (Harry dans tous ses états ; George de la jungle ; Le prince de Sicile ; Meilleur espoir féminin ; La bûche )
Photo : Affiche du film La Dilettante - Purepeople

•    Dans La dilettante, on a l’association de la photo d’identité et de la fonction caricaturale du dessin, avec la tête photographiée de l’actrice montée sur un corps dessiné.

•    Le thème de la schizophrénie avec :

–    Le héros qui hésite entre deux voies, deux amours, deux femmes, ou entre l’hétérosexualité et l’homosexualité…

•    Dans In & out, le personnage danse en sautant d’un pied sur l’autre.
•    Dans Recto Verso, on retrouve la dualité et la question de l’identité sexuelle, avec Smaïn pris entre un homme et une femme.
•    Dans If only, on trouve un élément d’hésitation qui évoque l’idée d’un personnage entre deux solutions (hétérosexualité, homosexualité, changement de partenaire, …)

–    La contradiction interne entre deux images du même être ou entre l’acteur et le personnage (Cf. infra).
Affiche Cinéma FOUS D'IRÈNE 40x60cm Poster / Jim Carrey / Peter & Bobby ...

•    Dans Fou d’Irène, le personnage de Jim Carrey présente deux aspects différents avec l’idée que sa personnalité est coupée en deux. Le qualificatif « schizoromance » attribué au film sur l’affiche est en correspondance avec ce qu’évoque l’image où le personnage se dédouble.

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