Quelle est la place de la TV connectée pour les différents éditeurs ? Une étude commandée par le CNC et réalisée par QualiQuanti amène des réponses. Les chaines payantes, publiques et privées face à la TV connectée. Décryptage de Daniel Bô et du sémiologue Raphaël Lellouche.
Les apports de la délinéarisation dépendent de la vocation initiale des chaînes. Voici un tableau qui synthétise les enjeux pour les trois types de chaines.
Payant
Public
Privé
Vocation
Satisfaire un abonné
Mettre à disposition des contenus dignes d’intérêt
Entraîner l’écoute afin de faire « consommer » des écrans publicitaires
Les enjeux de la délinéarisation
Un service indispensable
Un service supplémentaire et une liberté d’usage
Une nouvelle manière d’intégrer la publicité Un tremplin vers le payant (« freemium »)
Les chaînes payantes ont pour première vocation la satisfaction de leurs abonnés.
Dans le cadre d’une étude commandée par le CNC et téléchargeable gratuitement http://www.cnc.fr/web/fr/etudes/-/ressources/2873261, Daniel Bô Pdg de QualiQuanti commente quelques grands résultats. Pour commencer, la place de la TV connectée parmi les différents terminaux connectés. Ce décryptage a été réalisé avec le sémiologue Raphaël Lellouche.
Les différences essentielles entre tv, tablette ou ordinateurs portables et smartphone résident avant tout dans les caractéristiques physiques des produits.
Le smartphone, la tablette, l’ordinateur portable et la tv proposent quatre tailles d’écran qui impliquent des rapports au corps différents (proxémies).
Un petit écran s’adapte au corps, un grand écran demande au corps de s’adapter à lui
> Lorsque l’écran est plus petit que le corps, il s’adapte, s’intègre aux gestes du spectateur.
Le Smartphone est extrêmement souple : son nom allemand, « handy », exprime bien cette fonction de quasi-prothèse intégrée à la main. Il peut se rapprocher au plus près du visage.
PC et tablettes sont aisément manipulables : on peut les déplacer, les regarder assis ou allongé, en changer l’orientation à loisir.
Leur éloignement maximal correspond à l’extrémité des membres supérieurs, dans une grande proximité avec le visage et l’œil.
Ainsi les petits écrans sont intégrés dans la sphère du corps propre, annihilant tout espace de médiation.
> Lorsque l’écran est plus grand que le corps, au contraire, il est par définition fixe car trop lourd et encombrant pout pouvoir être déplacé facilement : c’est alors le corps qui doit s’adapter à l’écran.
Avec un écran tv en revanche, le rapport optique est plus distant et implique la médiation d’un espace indépendant, plus large que mon propre corps : l’espace spectatoriel.
Le préfixe « télé » signifie d’ailleurs la distance. C’est la télécommande qui permet de résoudre les problèmes de contrôle de l’activité qu’implique ce rapport distant.
Smartphone
Tablette / Ordinateur
Tv
Taille de l’écran
Plus petit que le corps
Plus petit que le corps
Plus grand que le corps
Adaptabilité
Fusion avec le corps (prothèse)
Adaptabilité aux mouvements du corps
Le corps s’adapte à l’écran
Proxémie
Intégration à la sphère du corps propre
Intégration à la sphère du corps propre
Séparation par l’espace spectatoriel
Quelle est l’incidence du rapport au corps sur les pratiques ?
> La tv maximise le confort de réception de n’importe quel contenu
La taille de l’écran joue un rôle évident dans le confort de vision des images :
Au cinéma, le grand écran restitue les qualités esthétiques et émotionnelles des images.
Sur écran tv, le même film est déjà une réduction : les sensations, les émotions y sont amoindries.
Quand on réduit encore la taille de l’écran, on en a une image « index », qui indique ce qu’elle serait si elle était regardée sur un écran véritable sans que l’on puisse vraiment en jouir.
Les sensations du spectateur sont encore décuplées en HD : l’expérience s’apparente alors davantage à une expérience « cinématesque ».
> La tv n’admet qu’un usage sédentaire
L’intégration au corps du smartphone permet un usage totalement nomade, quasi ubiquitaire, où l’on veut et quand l’on veut.
La tablette et l’ordinateur portable occupent une position intermédiaire, mobile sans être aussi souple.
Enfin la tv propose un écran localisé dans un espace défini,et se prête exclusivement à une pratique sédentaire et domestique.
Smartphone
Tablette / Ordinateur
Tv
Modalités de déplacement
Nomadisme quasi ubiquitaire
Mobilité
Fixité, sédentarité
> La tv permet seule un véritable usage collectif
Un usage de type collectif est quasi impossible sur smartphone et difficile sur un écran de type ordinateur portable ou tablette.
En revanche la grande taille de l’écran tv et son rapport distant au corps, incluant un espace spectatoriel, est tout à fait adapté au visionnage à plusieurs.
Smartphone
Tablette / Ordinateur
Tv
Degré de convivialité
Individuel
Individuel ou deux personnes
Individuel et potentiellement collectif
> La tv classique induit la passivité du spectateur, les autres terminaux appellent son activité
Un plus petit écran appelle davantage une attitude de maîtrise
Un écran plus petit que soi appelle uneattitude de maîtrise, où le spectateur actif fait primer son intelligence sur la réception passive de flux.
Le spectateur doit se focaliser sur le petit écran, pôle limité. qui n’a pas le même caractère d’immersion que le vaste écran de cinéma.
De plus, il doit coordonner la co-présence des deux espaces : l’espace réel et l’espace virtuel.
Les médias informatiques sont intelligents aux deux pôles. L’écran d’ordinateur est aussi un champ d’inscription sur lequel le récepteur agit.
Le très grand écran annihile la volonté du spectateur
Un écran aux dimensions supérieures à celle du corps implique une polarisation intense de l’attention, qui met le spectateur dans une position d’attente et rend la consommation des contenus plus passive.
Ainsi l’image de cinéma, s’impose au spectateur par sa vastitude. Celui-ci n’a pas d’autres choix que de se laisser immerger, absorber par l’imagejusqu’à perdre conscience de son environnement réel.
Entièrement plongé dans le noir, le spectateur est capté par le rêve dirigé et cohérent qu’est le film. Le spectateur cesse d’être un sujet conscient, pour passer dans un état de flottement onirique.
Le spectateur de cinéma est en outre en situation de dépendance : n’ayant aucun pouvoir d’action sur le déroulement du film.
Smartphone, tablette / ordinateur
Tv
Cinéma
Captation de l’attention
Conscience de l’environnement réel
Conscience de l’environnement réel
Polarisation intense de l’attention dans l’espace virtuel
Niveau de conscience
Attitude de recul et de maîtrise
Attitude de recul et de maîtrise
Immersion, absence d’attitude critique
Niveau de dépendance
Possibilité d’intervention sur le contenu
Dépendance au flux
Dépendance au flux
Degré d’activité
Pôle d’accueil ET d’émission actif
Pôle d’accueil passif
Pôle d’accueil passif
La tv connectée reste avant tout un objet tv, avec ses avantages et ses limites : Dimension spectaculaire des contenusUsage collectif ou individuelSédentarité de la consommation La connexion, en ajoutant au flux continu des programmes la possibilité d’interaction avec le spectateur, permet à celui-ci d’adopter une attitude active, a priori contradictoire avec l’usage d’une tv.
Voir en complément l’étude réalisée en 2007 pour Gulli sur l’interaction entre les enfants et les écrans :
Quels chemins d’accès à la télévision connectée vont gagner ? Une étude commandée par le CNC et réalisée par QualiQuanti amène des réponses. Décryptage de Daniel Bô et du sémiologue Raphaël Lellouche.
La télévision connectée recouvre une réalité complexe car il existe beaucoup de manières de connecter sa télévision à Internet :
en connectant son téléviseur à la box tv de son F.A.I.
en branchant son ordinateur à son téléviseur avec un câble HDMI
en utilisant un téléviseur connectable, souvent appelé « Smart TV »
en « poussant » par wifi, Airplay, DLNA le contenu de son smartphone ou de sa tablette sur le téléviseur
en passant par une console de jeu, un lecteur blu-ray connecté
en utilisant un boîtier spécifique connecté (par exemple Apple TV)
en utilisant un disque dur multimédia
Les consommateurs utilisent le même terme de « télévision connectée » pour toutes ces configurations d’autant plus facilement qu’elles débouchent sur la même idée de convergence entre TV et ordinateur.
Pour l’utilisateur qui branche une Smart TV sur sa box, il y a potentiellement une multitude de chemins possibles pour accéder aux mêmes contenus.
Voici le début d’une analyse sémiologique très approfondie réalisée avec Raphaêl Lellouche sur les décors TV
1/ Les fonctions du décor
L’enveloppe et le contenu
La notion de décor n’est pas originaire. Le décor est une manière possible, parmi d’autres, de structurer un lieu. La perception de l’espace s’articule autour de deux notions :
>> La nature du lieu visité, l’espace d’accueil :
La nature du lieu, ce qu’il est « en soi », avant tout élément de décoration, est un premier élément d’identification. Les natures de lieu peuvent être présentées comme suit :
Lieu intérieur / lieu extérieur
Lieu public / lieu privé
Lieu de parole / lieu d’action
Etc.
C’est une fois déterminée la nature du lieu qu’il est possible de réfléchir sur le décor, la mise en scène, sur la manière dont la disposition scénographique va « envelopper » le lieu.
>> Le décor donne un sens au contenu spatial
La manière dont le lieu est décoré, définit l’espace non pas tel qu’il est « en soi », mais tel qu’il se présente « pour le spectateur ». L’aménagement transforme un espace intérieur général et abstrait en espace intérieur bien particulier : une maison, un hall d’hôtel, etc.
Le décor est une enveloppe (un ring, un stade, un cirque…) qui donne le sens du lieu. Il détermine la fonction, et non la nature du lieu. Le lieu de parole devient lieu de débat ou de confidence, le lieu intérieur devient lieu de spectacle ou de jeu, etc.
Reste à bien déterminer quelles sont les fonctions définies lorsqu’une enveloppe est appliquée sur un contenu, un lieu de telle ou telle nature.
Définir l’individualité d’un lieu
Une première fonction de l’enveloppe est de définir l’individualité d’un lieu. Parmi tous les espaces qui sont par exemple des espaces intérieurs, le décor va dire pourquoi celui-ci est différent de celui-là.
Le décor donne l’individualité qui rend le lieu reconnaissable, identifiable. Pour ce faire, le décor meuble un espace d’abord donné comme uniforme, vierge, abstrait.
Le décor dispose alors sur le lieu une variété d’objets, de formes et de couleurs, qui permettent au spectateur de s’y retrouver, c’est-à-dire d’identifier le lieu comme unique.
Par-delà le lieu, c’est l’émission qui sera identifiée comme unique, bien distincte d’une autre. Plus le décor affiche l’identité, l’individualité d’un lieu, plus l’émission signale à son public qu’elle ne peut être confondue avec aucune autre.
L’objectif de cet article est de montrer que les relations entre les marques fonctionnent de plus en plus en réseau plutôt qu’en arborescence. On verra à travers des exemples comme Microsoft, l’architecture en réseau des différentes entités. On en arrive au concept de marque germinatrice où la marque centrale essaime des éléments de ses codes génétiques en créant un air de famille. Il ne s’agit pas de répéter le même motif pour marquer ses différentes créations mais plutôt de décliner certains principes qui suggèrent la reconnaissance sans l’enfermer. Ainsi le Futuroscope, qui est fortement soutenu par Microsoft, a un air de famille sans avoir besoin qu’on rappelle directement le logo du partenaire.
Plusieurs enjeux se dessinent clairement à l’analyse des images envoyées :
D’une part, la nécessité de compléter (et non pas d’empêcher) l’écoute immersive par d’autres modalités d’écoute, d’actualisation, d’interaction avec les adultes, en diffusant des programmes qui supposent ce type d’écoute (programmes familiaux, ou adultes)
D’autre part, d’adapter la géographie domestique ou les écrans en fonction des besoins de l’enfant (proximité, hauteur). De ce point de vue, l’usage de l’ordinateur portable (léger, multi-fonctions, multi-usagers) apparaît comme une tendance très légitime.
Enfin, le modèle de l’écran vient perturber une certaine image et statut de l’enfant, par rapport à l’adulte et à l’école. Le modèle de transmission des savoirs proposé par l’écran est concurrent de l’école, et invite à repenser leurs relations en termes de complémentarité.
La très forte capacité d’immersion des enfants devant l’écran, par tout un ensemble de facteurs. Les écrans peuvent être classés selon leur degré potentiel d’immersion, de l’ordinateur à la console. Tout se passe comme si l’enfant n’avait qu’un seul mode d’écoute (immersif), contrairement aux adultes qui en ont plusieurs.
La très faible adaptation relative des écrans (et des meubles) aux enfants. Ceux ci doivent se glisser très tôt dans une architecture écranique qui n’est pas conçue pour eux.
L’impact de l’écran en soi, indépendamment des images qu’il diffuse. Cette métamorphose dans l’accès au jeu ou au savoir exige un renouvellement en profondeur, pas seulement des adultes mais de l’école et de la société.
I/ Le thème de l’enfant dévoré et du « grand méchant écran »
La relation des enfants aux écrans est fréquemment décrite à travers le thème de l’enfant dévoré : l’enjeu consiste à savoir qui va manger l’autre. Posée en ces termes, la question exprime autant une volonté de comprendre ce qui se joue dans le rapport enfants / écrans qu’un certain statut de l’enfant du point de vue des parents, une certaine image de l’enfant en occident.
L’action d’engloutir, dévorer, avaler, le personnage de l’ogre et du méchant loup sont en effet des éléments essentiels de la littérature pour enfant et de la réflexion sur l’enfance.
Le personnage du dragon/ogre/loup avaleur d’enfants se trouve jusque dans l’imagerie héraldique de la « vouivre[2]qui engoule un enfant », très populaire encore aujourd’hui en Italie jusque dans le logo Alfa Roméo.
L’Observatoire Gulli l’Union nationale des associations familiales (Unaf) ont organisé le 13 novembre 2007 dernier un colloque intitulé « Enfants, écran, qui dévore qui ? ». Ce colloque a été notamment nourri par les résultats d’une première étude menée auprès des parents sur la relation enfants-écran (entretiens semi-directifs en face à face).aaa
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En amont de ce colloque, QualiQuanti a recueilli un corpus important de photos d’enfants en situation face à l’écran de télévision / d’ordinateur envoyées par les parents de ces enfants inscrits sur le Panel Jeunesse de Lagardère.
Gulli souhaitait réaliser une analyse sémiologique de ces photos afin de mieux comprendre le rapport enfant-écrans.